Étape 5 du TMB : de Courmayeur au Refuge Bonatti

De Courmayeur au Refuge Bonatti, étape 5 du TMB - Balcon sur le Val Ferret

Altimood, Mise à jour le

Depuis la terrasse du Refuge Bonatti, les Grandes Jorasses occupent tout le champ de vision. Pas en toile de fond, pas au loin : en face, à portée de regard, le mur de 1 200 mètres de la face nord vous dévisage pendant que vous prenez votre café. C'est l'une des vues les plus saisissantes de tout le Tour du Mont-Blanc, et c'est ce qui vous attend à l'arrivée de cette cinquième étape. Pour ceux qui ont traversé l'Atlantique afin de marcher ce sentier mythique, cette vue justifie à elle seule le voyage.

J'ai une affection particulière pour ce tronçon, car c'est ma première rencontre avec le Mont-Blanc et les Grandes Jorasses lors d'un tour dans le Val d'Aoste. Courmayeur se situe à 1 224 mètres. Le Refuge Bonatti est à 2 026 mètres. En 12,5 kilomètres, le sentier monte sans beaucoup redescendre, gagnant progressivement en altitude à travers le Val Ferret italien, ce vallon pastoral dominé par les aiguilles et les glaciers du versant sud du massif. C'est une étape d'ascension calme, loin de l'achalandage de Chamonix, où le TMB retrouve quelque chose de plus sauvage.

Deux options s'offrent à vous : l'itinéraire classique par le Refuge Bertone et le hameau d'Armina, en forêt et en balcon, ou la variante par la crête du Mont de la Saxe jusqu'à la Tête de la Tronche (2 584 m), plus exigeante et d'une beauté à couper les jambes. Cet article détaille les deux, avec les données terrain, les hébergements et l'histoire du personnage qui a donné son nom au refuge d'arrivée.

L'itinéraire : profil, carte et GPX

1200 m1400 m1600 m1800 m2000 m0 km5 km10 kmRefuge Bertone · 1981 m

L'étape 5 en résumé

Distance~12,5 km
Dénivelé positif+1 094 m
Dénivelé négatif-293 m
Point hautRefuge Bonatti (2 026 m), ou Tête de la Tronche (2 584 m) pour la variante Mont de la Saxe
Durée estimée5h à 6h de marche effective (itinéraire classique)
Difficulté3/5
DépartCourmayeur (1 224 m)
ArrivéeRefuge Walter Bonatti (2 026 m)

Note sur le découpage : dans les itinéraires en 7 jours, l'étape de Courmayeur au Refuge Bonatti correspond à une demi-journée que certains topo-guides fusionnent avec le début de l'étape 6 (Grand Col Ferret). Dans le découpage classique en 11 étapes, c'est une étape à part entière, courte mais physiquement soutenue en raison du dénivelé continu.

La sortie de Courmayeur : montée vers Villair

On quitte Courmayeur en direction des hameaux de Villair-Dessous puis Villair-Dessus, perchés sur le flanc droit de la vallée. L'architecture valdôtaine est bien présente : maisons en pierre grise, toits en lauze, fenêtres étroites. Les ruelles en pente rejoignent rapidement le sentier forestier qui monte vers le Refuge Bertone. Pour les randonneurs arrivés du Canada, le dépaysement est total : on est ici dans un paysage alpin qui ne ressemble en rien aux Rocheuses ou aux Laurentides.

La forêt de mélèzes domine cette première partie de l'étape. Le sentier gagne de l'altitude en lacets réguliers, sans jamais se montrer vraiment raide. C'est une montée d'entrée en matière, à un rythme de croisière, qui permet de digérer Courmayeur et de préparer les jambes pour la suite.

Le Refuge Giorgio Bertone (1 989 m) : le premier belvédère

Après 2h30 à 3h de montée, le Refuge Bertone ouvre sur un panorama qui stoppe les conversations. Une table d'orientation est installée sur la terrasse, face au massif du Mont-Blanc, et elle peine à nommer tout ce qu'on distingue : les Grandes Jorasses (4 208 m), l'Aiguille Noire de Peuterey, le mont Blanc de Courmayeur (4 748 m), les piliers de la face sud. C'est le premier vrai belvédère sur le versant italien après la longue descente du Val Veni.

Le refuge propose des boissons et des collations. C'est un bon point de ravitaillement avant de poursuivre. C'est aussi le point de bifurcation entre l'itinéraire classique (qui continue en balcon vers le Refuge Bonatti par Armina) et la variante par le Mont de la Saxe.

L'itinéraire classique par Armina

Depuis Bertone, la voie standard longe le flanc est du Val Ferret en balcon, à travers des pâturages d'altitude et quelques zones boisées. On passe par les alpages de Sécheron (1 924 m) avant d'atteindre le Refuge Bonatti. Le terrain est varié, le dénivelé modéré, et les vues sur le fond du val sont constantes. C'est un segment agréable, sans difficulté technique, qui s'emprunte à un rythme contemplatif.

Le Refuge Walter Bonatti (2 026 m)

Le Refuge Bonatti n'est pas un refuge comme les autres. Sa position, en balcon au-dessus du Val Ferret, face au mur nord des Grandes Jorasses et à la Dent du Géant (4 013 m), en fait l'un des emplacements les plus spectaculaires de tout le circuit. La terrasse, orientée au nord, donne une vue directe sur la Pointe Walker, la Pointe Whymper et la Pointe Croz, les trois sommets principaux des Jorasses, à moins de 4 kilomètres à vol d'oiseau.

Le refuge a été construit en 1998 et porte le nom de Walter Bonatti, guide alpin d'exception né à Bergame en 1930. Ce choix n'est pas anodin : le Val Ferret et le versant sud du Mont-Blanc sont intimement liés à l'histoire de cet homme.

Walter Bonatti (1930-2011) : une vie au-dessus de la verticale

À 19 ans, Walter Bonatti s'attaque aux faces nord des Grandes Jorasses et du Piz Badile. En 1955, à 25 ans, il réalise en solitaire le pilier sud-ouest du Dru (3 730 m), une voie de 6 jours en solitaire total sur un granite vertical qui fait entrer son nom dans la légende de l'alpinisme.

En 1961, un drame se noue juste au-dessus du Val Veni que vous venez de traverser lors de l'étape 4. Deux cordées se retrouvent bloquées par une tempête sur le pilier central du Frêney : l'une italienne, menée par Bonatti, l'autre française, dirigée par Pierre Mazeaud. La tempête dure plusieurs jours. Quatre alpinistes meurent (Andrea Oggioni, Pierre Kohlman, Robert Guillaume et Antoine Vieille). Bonatti et les survivants se traînent jusqu'au Refuge Gamba. Ce qu'il racontera de ces journées dans ses mémoires reste l'un des récits les plus durs de la littérature alpine.

En 1965, il signe une dernière grande voie : la première hivernale en solitaire de la face nord du Cervin. Il abandonne ensuite l'alpinisme extrême, se consacre au photojournalisme et à l'exploration sur cinq continents. Il meurt en 2011, à 81 ans. Le refuge qui porte son nom sur le Val Ferret est un hommage bien mérité, comme le formule sobrement le guide Pierre Millon dans son topo du TMB.

Le Bivouac Gervasutti : le refuge le plus improbable du massif

Pour les randonneurs curieux, le Bivouac Gervasutti mérite une mention. Cette capsule métallique de 12 couchettes, installée en 2011 à 2 835 mètres sur un îlot rocheux au milieu du glacier de Frébouze, au pied de la face Est des Grandes Jorasses, ressemble à un vaisseau spatial posé sur la montagne. Elle porte le nom de Giusto Gervasutti, grimpeur des années 1930 et 1940, qui réalisa en août 1942, avec Giuseppe Gagliardone, la première ascension de la face Est des Grandes Jorasses, une voie de 750 mètres cotée Extrêmement Difficile. En 1946, en tentant de libérer une corde de rappel sur le Mont Blanc du Tacul, sur le pilier qui porte aujourd'hui son nom, il chuta et disparut. Le bivouac n'est pas sur le trajet du TMB classique, mais ses formes métalliques sont visibles depuis certains points du val.

Variante : la crête du Mont de la Saxe jusqu'à la Tête de la Tronche (2 584 m)

La variante par le Mont de la Saxe quitte le sentier principal au-dessus du Refuge Bertone et monte sur la crête qui domine le Val Ferret jusqu'à 2 584 mètres. Le panorama qui s'ouvre là-haut est l'un des moments forts du versant italien : du mont Blanc de Courmayeur aux Grandes Jorasses, en passant par la Dent du Géant et l'Aiguille Noire de Peuterey, la chaîne se déroule sur 180 degrés sans interruption. C'est l'option des montagnards : exigeante, mais d'une beauté à rendre muet.

La variante ajoute environ 600 mètres de dénivelé positif supplémentaire et 2 heures de marche. Elle est conseillée dans trois conditions : bonne météo avec visibilité dégagée, jambes fraîches au départ de Courmayeur, et absence de neige sur la crête (avant mi-juillet, vérifier les conditions). Par brouillard ou mauvais temps, rester sur l'itinéraire classique en forêt.

C'est la variante que nous choisissons systématiquement avec nos groupes lorsque les conditions le permettent. La vue sur les Grandes Jorasses depuis la crête, à cette distance et à cette hauteur, est d'une précision que les photos ne rendent que partiellement.

Un point de vue secondaire mérite l'attention sur cette variante : la Tête d'Entre-Deux-Sauts (2 729 m), accessible par une discrète sente à flanc, offre une plongée sur la combe glaciaire de Frébouze et les parois des Jorasses dans toute leur verticalité.

Hébergement à l'arrivée

Le Refuge Walter Bonatti (2 026 m) est l'hébergement phare de cette étape. Gardé de mi-juin à mi-septembre, il propose dortoirs et quelques chambres avec souper et déjeuner inclus. Ambiance refuge de montagne italien, cuisine soignée, terrasse mémorable. Les prix sont en euros (prévoyez la conversion depuis le dollar canadien, le taux fluctue autour de 1 EUR = 1,50 CAD selon la saison).

Réservation obligatoire en juillet-août. Le refuge est très demandé. Réserver via rifugiobonatti.it au moins deux semaines à l'avance en haute saison, davantage sur les fins de semaine.

Le Refuge Giorgio Bertone (1 989 m) est une alternative pour ceux qui préfèrent couper l'étape. On dort à mi-chemin, avec une arrivée au Bonatti dans la matinée suivante. Moins spectaculaire comme point d'arrivée, mais plus reposant si les jambes tirent.

Conseils pratiques

Eau et ravitaillement

L'eau est disponible au départ (Courmayeur), au Refuge Bertone et à l'arrivée. Entre Bertone et Bonatti, les points d'eau sont rares en haute saison. Prévoir un litre à remplir au Bertone. Pour les repas, partir avec un déjeuner copieux de Courmayeur et souper au Refuge Bonatti. Si vous arrivez du Québec, notez que les refuges italiens servent des repas complets le soir (pâtes, polenta, viande), ce qui diffère des refuges nord-américains où l'on apporte souvent sa propre nourriture.

Météo

La partie haute de l'étape, au-dessus de 1 800 mètres, est exposée aux orages d'après-midi. Partir tôt depuis Courmayeur (avant 8h en haute saison) permet d'atteindre le refuge en début d'après-midi, avant que les nuages ne se forment sur le massif. Les orages alpins d'été sont plus soudains et localisés que les systèmes météo auxquels on est habitués au Canada.

Bâtons et chaussures

L'itinéraire classique ne présente aucune difficulté technique. La variante par le Mont de la Saxe peut comporter des névés persistants avant mi-juillet et quelques passages rocheux sur la crête. Les bâtons et des semelles à bon grip sont conseillés dans ce cas.

Les questions fréquentes sur l'étape 5 du TMB

Combien de temps pour aller de Courmayeur au Refuge Bonatti ?

Comptez 5 à 6 heures de marche effective pour l'itinéraire classique (par Bertone et Armina). Avec la variante par le Mont de la Saxe, prévoyez 7 à 8 heures. L'étape est principalement en montée, ce qui sollicite le souffle plutôt que les genoux.

La variante Mont de la Saxe est-elle difficile ?

Elle est plus longue et plus haute que l'itinéraire classique, mais ne présente pas de passage technique en conditions estivales normales. La difficulté principale est le dénivelé supplémentaire (+600 m) et la longueur de la crête exposée au vent. Avant mi-juillet, des névés peuvent compliquer le passage. Un bon niveau physique suffit, sans matériel spécifique.

Peut-on dormir au Refuge Bonatti sans réservation ?

En dehors de juillet-août, il est parfois possible d'arriver sans réservation, mais c'est un risque. Le refuge est régulièrement complet en haute saison, surtout les vendredis et samedis. La réservation en ligne via le site officiel est fortement recommandée. Depuis le Canada, réservez bien à l'avance car le décalage horaire peut compliquer les communications de dernière minute.

Quand ouvre et ferme le Refuge Bonatti ?

Le refuge est généralement ouvert de mi-juin à mi-septembre, selon les conditions nivologiques. Il peut ouvrir plus tard en cas d'enneigement important. Consulter le site rifugiobonatti.it avant de partir pour connaître les dates exactes de la saison en cours.

La suite du TMB

Le Refuge Bonatti est la porte d'entrée de la section suisse du circuit. L'étape 6 monte vers le Grand Col Ferret (2 537 m), point le plus haut du TMB classique, et bascule en Suisse vers La Fouly et le Val Ferret helvétique.

Pour replacer cette étape dans l'ensemble du circuit, le tour complet du Tour du Mont-Blanc détaille les 11 étapes, les variantes, les périodes idéales et la logistique complète. Si vous souhaitez vivre le TMB en version confort avec hébergements sélectionnés et accompagnement dédié, le TMB en 7 jours avec Altimood condense le meilleur du circuit sur une semaine.

Vous venez de l'étape 4 depuis le Rifugio Elisabetta à Courmayeur : la nuit dans la station valdôtaine est derrière vous. Devant, la Suisse et ses fromages.

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